Stanley Mc Chrystal est-il stupide ? (opinion)

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Il y a bien des méthodes pour faire passer un message et obtenir un résultat. Dans la vie publique et politique, l’un des meilleurs moyens reste l'usage de la presse. Ce n'est pas un grand problème lorsqu'on est un acteur majeur du conflit Afghan comme le général Stanley Mc Chrystal. Pour dire vrai, obtenir un reportage exclusif sur le quotidien du « 4 étoiles » US, c'est du pain béni journalistique. Mais certains ont oublié que rien n'est gratuit en ce bas monde…

Bon nombre d’entre vous connaissent l'histoire. Rolling Stones, l’un des plus fameux magazines anglo-saxons, consacrait il y a quelques jours un reportage exclusif sur le quotidien du général Mc Chrystal (chef des forces OTAN en Afghanistan) lors de sa tournée parisienne (en avril 2010).  Cette dernière devait servir à convaincre les français de renforcer leur présence militaire sur le théâtre afghan. L’article relate, au travers de nombreuses tranches de vies, à quel point Mc Chrystal tient en mésestime les « pantins » de la Maison Blanche et fait part, avec une subtilité proche d’un éléphant en skate-board dans un magasin de porcelaine, de son « amour » pour l’hospitalité française.

Bien sûr, après quelques heures d’hésitation, Barack Obama se devait de le congédier. Il y eu beaucoup de réactions enflammées. Parmi les réflexions les plus communes, nombre de co mmentateurs estimaient que Mc Chrystal était décidément un redneck incontrôlable et crétin… 

Certes, Mc Chrystal est connu pour son franc parlé. Ce n’est d’ailleurs pas si choquant lorsqu’on connait le microcosme militaire. Je connais bien des officiers français qui ont un langage fleuri lorsqu’ils critiquent la gestion civile ou administrative de leur condition...  Par ailleurs, coté US, Mc Chrystal était connu comme le loup blanc par sa hiérarchie militaire et politique avant sa nomination. On savait à quoi s’attendre…

Ce qui est plus surprenant, c’est que personne n’ai cru bon de remettre les choses en perspectives dans cette affaire. Mc Chystal a beau être un rustre de la dernière espèce (encore que…), il n’en n’est pas pour autant stupide... Et il m’est difficile de croire qu’il n’ait pas pesé chacune de ses paroles (de véritables bombes atomiques) avant de les exposer avec un naturel sur-joué devant le journaliste de Rolling Stones… On parle quand même de l’un des officiers les plus brillants de sa génération (n’est pas 4 étoiles qui veut), pas du premier bidasse venu qui ne sait pas ce que veut dire “gérer la presse”.

Lorsqu'on visionne son dernier point presse officiel en Afghanistan (ci-dessous), on est plus proche du Press Officer que du type hargneux et incontrôlable...


Par ailleurs, un simple coup d’œil sur son parcours peut donner à réfléchir. Avant sa prise de poste sur le théâtre afghan, Mc Chrystal a passé 5 années au Pentagone comme responsable des opérations spéciales (sa véritable spécialité). Qui dit opérations spéciales, dit aussi « Psy-Ops » et « Communications Stratégiques ». Et sur ces domaines, il est loin d’être un amateur.

Comme le rappelle Cyberpresse :

« En 2004, Mc Chrystal a été critiqué pour son rôle dans la campagne de désinformation entourant la mort du caporal Pat Tillman. Ancien joueur de football professionnel, Tillman a été tué en Afghanistan, quand des collègues ont tiré sur lui par méprise. McChrystal et huit autres officiers de haut rang ont été cités après avoir véhiculé une fausse histoire pour cacher les circonstances tragiques du décès, mais l'armée n'a pris aucune mesure contre eux. »

Ce n’était certainement pas son premier coup d’essai. Mc Chrystal sait ce que veut dire « gérer les perceptions »… La dernière publication de Comes Communication le rappelle : 

« Il  avait coutume de dire que la guerre d’Afghanistan était avant tout une guerre des perceptions… les faits ne sont que ce qu’ils paraissent être. ».

Mcchrystal
Mc Chrystal est peut être un rustre. Mais il savait aussi à quel point sa position était intenable vis-à-vis de la Maison Blanche. Il entretenait, depuis plusieurs mois, des relations très tendues avec celle-ci… Mon opinion est, qu’en bon stratège, il a simplement pris l’initiative de la manœuvre et s’est payé le luxe de mettre le feu à la maison en instrumentalisant Rolling Stones.

 Au final, vis-à vis du grand public US :

Tout cela ne lui aura coûté qu’un petit mea culpa public. Je ne doute pas un seul instant qu’un plan de reconversion ait été pensé en amont. Il vient d’ailleurs d’obtenir sa démission dans les meilleurs conditions… Son expertise trouvera preneurs dans les plus brefs délais sur le marché des sociétés militaires privées et/ou des relations d’affaires…

 Au final, je me pose juste une question : le journaliste de Rolling Stones a-t-il enfin réalisé qu’il s’était fait instrumentaliser ?

David

David Millian

David Millian


Comfluences, est un espace de réflexion axé sur les problématiques de la communication, de l'influence et des relations publiques. Mon souhait est de partager avec vous ma vision des enjeux informationnels qui émaillent l'actualité.

@ mon sujet : Professionnel de la communication et de la stratégie, je réalise des missions de conseil en gestion d'enjeux, communication de crise et déploiement stratégique.


Mon credo :«Il vaut mieux faire l’information que la recevoir; il vaut mieux être acteur que critique» W. Churchill

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